Le serveur éducatif de l'IGN et de l'Education Nationale sur l'information géographique
documentation spécialisée définitions des mots techniques consulter le sommaire... page d'accueil exposés sur questions techniques voir exemples, télécharger ... rechercher un mot ...

 

Les littoraux, espaces attractifs

Littoral et tourisme : Sète, Cap d'Agde et le bassin de Thau
Les transformations d'une région rurale : le littoral du Pays de Caux
Un milieu littoral sous tension : la région de Saint-Malo
Le Mont Saint-Michel

 

 
Fiche précédente  

par
Christophe
Clavel

Ministère de l'Education Nationale
Ecrire

 

L'aménagement du milieu par les hommes
et ses conséquences environnementales :
l'exemple du Mont-Saint-Michel

Vue d'ensemble


Extrait de la zone étudiée

La baie du Mont-Saint-Michel.

Plan de la fiche

Une baie condamnée au comblement

L'intervention humaine accélère le comblement

L'intervention humaine contre le comblement

 
Une baie condamnée au comblement
 
Un site exceptionnel

Le Mont-Saint-Michel est inscrit au patrimoine mondial par l'UNESCO depuis 1979 et accueille plus de 3 millions de touristes par an. Le Mont est un îlot granitique encerclé par des marais salés (appelés herbus ou pré salés) sur lequel paissent des moutons (voir carte générale). C'est là une image des plus folkloriques, presque aussi typique que celle de la Tour Eiffel, qui rappelle davantage Paris que la France. Le film Armageddon, par exemple, utilise les paysans, les moutons et les prés salés comme emblème de notre pays... avant de détruire Paris !

La baie du Mont-Saint-Michel est traditionnellement divisée en grande baie (à l'ouest du Mont) et petite baie (à l'est du Mont), plus resserrée. La baie est drainée par deux fleuves : la Sée, au nord-est, qui passe près d'Avranches, la Sélune, au sud-est, dont on voit bien les cours divagants sur la carte générale. Le fleuve Couesnon, d'orientation sud-nord, se jette dans la baie juste au sud du Mont, qu'il enserre de ses chenaux.

 
Une baie vieille de 7500 ans

La baie du Mont-Saint-Michel n'a pas toujours présenté sa configuration actuelle. Il y a environ 30 000 ans, l'ensemble de la zone était émergé, et le Mont était situé loin à l'intérieur des terres. Il y a 7 500 ans, lors de la fin de la dernière glaciation, la mer a envahi cet espace. La ligne de côte se trouvait alors sensiblement plus au sud, transformant le Mont Dol en zone insulaire. Les fluctuations du niveau marin ont amené le dépôt de fines particules de vase, qu'on appelle la tangue. Ces dépôts sédimentaires atteignent à l'époque actuelle jusqu'à 15 mètres d'épaisseur. Pour les 400 km² que représente la baie du Mont-Saint-Michel, les sédiments forment une masse d'environ 10 milliards de m3, avec un apport annuel de 1,5 millions de m3 ! Or, la tangue constitue un excellent matériau à usage agricole ; il est même utilisé pour amender les sols originaux.

La baie de Genêts, au nord de la baie du Mont-Saint-Michel (voir carte générale) offre un bon exemple du processus de comblement.

La baie de Genest
Carte de 1759, 1:80 000

Le village de Genest est très ancien. Autrefois, le port de Genest profitait de bonnes conditions d'abri : une forme d'arc entre le bec d'Andaine et le Haut Moncel, encadrant l'estuaire du Lerre. La ville compte 3 000 habitants au XIVe siècle. Son port est actif et mentionné à plusieurs reprises dans les sources anciennes ("Vins, blé, poissons séchés, plâtres, pierres à chaux, mercerie, draps, étoffes... Enfin ces fameuses meules à moulin qu'on allait chercher en Brie, et en Champagne et que tous les meuniers de la contrée, venaient choisir au Bois de Meules."). La carte publiée en 1759 présente l'intéressante particularité d'être inexacte ! En effet, l'année précédente, la conjonction de fortes marées avec la divagation de la Sée et de la Sélune détruisit le quartier de Salmes, qu'on ne voit plus sur la carte de 1998.

La baie de Genest
Rennes - Granville 1:100 000, Top 100, IGN, éd. 1998

Les derniers siècles virent cependant le comblement progressif de l'estuaire du Lerre par envasement. Le port de Genêts n'existe plus aujourd'hui ; la population est retombée à 500 habitants ; le village est maintenant séparé de la mer par des marais que le Lerre peine à franchir pour se jeter dans la Manche...

Le Mont Dol,
Rennes - Granville 1:100 000, Top 100, IGN, éd. 1998

L'exemple du Mont-Dol est également révélateur : le Mont-Dol était autrefois une île, elle est aujourd'hui 3 bons kilomètres au milieu des terres !

La baie du Mont-Saint-Michel est donc naturellement en voie de comblement.

 

 
L'intervention humaine accélère le comblement
 
200 ans d'aménagements….
  • Au XIe siècle, les ducs de Bretagne font consolider le cordon littoral protégeant les marais de Dol en faisant construire une digue appelée par la suite " digue de la Duchesse Anne ".
  • La conquête de nouvelles terres par poldérisation débute officiellement en 1856 : par décret impérial, 4350 ha sont concédés à la compagnie hollandaise Mosselman et Donon, devenue ensuite les Polders de l'ouest. Les Hollandais n'ont pas leur pareil pour les procédés de poldérisation, mis au point chez eux depuis des siècles.

Le Couesnon en amont du barrage de la Caserne
Le Mont-Saint-Michel - Dol-de-Bretagne, Top 25, 1:25 000, IGN, éd. 1999

  • Pour protéger les concessions contre la divagation des rivières, le Couesnon est canalisé entre 1856 et 1858. On peut constater aujourd'hui son cours terminal, parfaitement rectiligne, à comparer avec les divagations des siècles précédents. Le village de Roz-sur-Couesnon, de la sorte, n'est plus "sur le Couesnon" aujourd'hui !
  • La digue de la Roche Torin est construite en 1859-1860, à l'est du Mont, pour s'opposer à la divagation vers le sud de la Sée et de la Sélune (on se souvient de la destruction du quartier de Salmes, un siècle plus tôt !).

Le réseau hydrographique à l'est du Mont
Carte de 1759, 1:80 000

  • Les cours du Guintre et du Landais sont déviés entre 1879 et 1884, ainsi que le montre clairement la comparaison des deux cartes ci-contre : les tracés hydrographiques ont été repassés en bleu, les villages cerclés de rouge sont là pour aider au repérage...

Le réseau hydrographique à l'est du Mont
Rennes - Granville 1:100 000, Top 100, IGN, éd. 1998

  • Noter l'inversion d'une partie du réseau (flèche au nord-ouest d'Ardevon) : la partie du cours d'eau qui coulait vers le nord se jette maintenant dans le Landais, plein sud, après inversion de son sens d'écoulement...
 
  • De 1858 à 1934, par endiguements successifs, 2800 ha de polders sont gagnés sur la mer à l'ouest du Mont (voir animation Flash ci-dessous). C'est alors que l'État rachète une partie de la concession pour empêcher la digue de l'ouest d'atteindre le Mont.



Animation Flash par Florian NOURI - Flash player 5 ou supérieur requis

La digue-route menant au Mont
Rennes - Granville 1:100 000, Top 100, IGN, éd. 1998

  • Les aménagements perturbateurs de l'environnement sédimentaire se poursuivent cependant : en 1878 et 1879 est construite la digue-route vers le Mont. C'est aujourd'hui une voie d'accès commode, la seule en dur et permanente. Des millions de trajets par an attestent de son utilité sociale !

Les barrages sur la Sélune
Rennes - Granville 1:100 000, Top 100, IGN, éd. 1998

  • Entre 1919 et 1931 sont construits deux barrages sur la Sélune. On les voit sur la carte ci-contre, cerclés de noir : barrage de la Roche qui Boit et barrage de Vezins.
  • En 1932, une partie des eaux du Couesnon est captée pour l'alimentation en eau potable de la ville de Rennes, ce qui a pour effet de diminuer le volume d'eau de chasse, de ralentir la vitesse d'écoulement et donc d'augmenter le dépôt des sédiments.

Le Couesnon au barrage de la Caserne
Le Mont-Saint-Michel - Dol-de-Bretagne, Top 25, 1:25 000, IGN, éd. 1999

  • Entre 1966 et 1969 est construit le dernier barrage d'estuaire français, à la Caserne, sur le Couesnon.
 
…qui menacent aujourd'hui le Mont
Tous ces travaux ont accentué de manière catastrophique le processus de sédimentation naturelle, en cours depuis 7500 ans. Les études menées montrent que la vitesse de sédimentation est maximale dans la partie de la baie où les aménagements sont les plus nombreux.

La progression des schorres à l'ouest du Mont
Images satellitaires Spot 1992/1999, copyright CNES

Victor Hugo s'en émouvait déjà en 1884 : " Il faut que le Mont-Saint-Michel reste une île. Il faut conserver à tout prix cette double œuvre de la Nature et de l'Art. " Les prés salés progressent aujourd'hui au rythme de 25 ha par an en raison du colmatage de la baie par les sédiments. La progression des schorres est sensible entre 1992 et 1999 sur l'imagerie satellitaire.

Passer la souris alternativement sur l'image puis en dehors pour intervertir 1992 et 1999...

Tombelaine
Le Mont-Saint-Michel - Dol-de-Bretagne, Top 25, 1:25 000, IGN, éd. 1999

Le niveau moyen de la mer (niveau zéro en bistre sur les cartes IGN) se situe au niveau de l'île de Tombelaine, assez loin au nord du Mont.

Le Mont-Saint-Michel
Le Mont-Saint-Michel - Dol-de-Bretagne, Top 25, 1:25 000, IGN, éd. 1999

Le Mont se trouve déjà nettement au-dessus de la cote 2,5 m au-dessus du niveau moyen et n'est plus insulaire que quelques heures par an…


En résumé, la baie du Mont-Saint-Michel est une baie naturellement en voie de comblement, mais 200 ans d'aménagement humain ont dramatiquement accéléré le processus. Le caractère insulaire du Mont est aujourd'hui plus que jamais menacé.

 
L'intervention humaine contre le comblement
 
Les aménagements prévus… et réalisés

L'objectif principal est naturellement de rétablir, puis de maintenir un environnement "naturel" autour du Mont. Et ce dans un espace suffisant, car les mesures envisagées ne peuvent être efficaces - au minimum - qu'à l'échelle de la petite baie toute entière.

La progression des schorres, aussi bien à l'est qu'à l'ouest du Couesnon, doit être enrayée si l'on veut rendre à la marée l'espace entourant le Mont. Le site lui-même pourrait ensuite faire l'objet d'une requalification par éloignement des parcs de stationnement et le dégagement des remparts, qui servent aujourd'hui de point d'appui à la digue-route et à ses parkings.

Au long des années, les mesures suivantes ont été proposées :

  • Arasement de la digue submersible de la Roche Torin.
  • Remplacement d'une partie de la digue route, la plus proche du Mont, par un pont d'environ 1000 m.
  • Construction de deux barrages " chasse d'eau " (réservoirs à marée) à l'est, pour compenser les détournements de la Guintre et du Landais, voire rétablissement des cours d'eau dans leur configuration d'origine.
  • Aménagement du barrage de la Caserne sur le Couesnon afin d'y recréer un effet de chasse lié aux oscillations de la marée.

 

La digue partiellement arrasée de la Roche Torin
Rennes - Granville 1:100 000, Top 100, IGN, éd. 1998

En dehors de l'arasement partiel de la digue de la Roche Torin, réalisé en 1983 et visible sur l'extrait ci-contre (on voit clairement la partie restante), les aménagements n'ont pas encore été réalisés.

 
D'autres contraintes à prendre en compte

Les contraintes environnementales sont naturellement les premières à être envisagées, mais d'autres contraintes se sont fait jour ces dernières années, notamment économiques.

Les commerçants du Mont-Saint-Michel s'inquiètent en effet des projets de requalification du site. Il est en effet possible, pour ne pas dire probable, qu'un éloignement des zones de parking et l'utilisation de bus-navettes, comme cela se fait par exemple au Mont Beuvray dans le Morvan, entraînent une baisse notable de la fréquentation et donc du chiffre d'affaires des commerçants. Des actions de lobbying ont déjà été engagées.

Ces actions pourraient également servir de prétexte aux différents acteurs pour différer les coûteux aménagements que nécessite la requalification du Mont, même s'il est vrai que le catalogue des mesures indispensables n'est pas encore scientifiquement incontestable ni, par conséquent, unanimement accepté.

Le projet d'aménagement du Mont-Saint-Michel est complexe à plus d'un titre...

 

 

 

 


Haut de page
 
Accueil Recherche Exemples Dossiers Sommaire Lexique Documentation Aide A propos...